La construction des études européennes. Trajectoires individuelles et réseaux nationaux

Catégorie :Appels à communication

Date :du jeudi, 22 mai 2014 au vendredi, 23 mai 2014

Date limite : jeudi, 09 janvier 2014

Lieu :Nancy, université de Lorraine (France)

Lien : http://irenee.univ-lorraine.fr/

Contact : michel.mangenot..a..univ-lorraine.fr

Source: Michel MANGENOT

Résumé :

Ce colloque porte sur la production des études européennes et entend s’interroger sur la spécificité de ce champ d’études.

Détails :

Institut de Recherches sur l’Evolution de la Nation Et de l’Etat (IRENEE)
Université de Lorraine

Sous la responsabilité de Michel Mangenot,
Professeur de science politique, ISAM-IAE, Université de Lorraine

Ce colloque porte sur la production des études européennes et entend s’interroger sur la spécificité de ce champ d’études. Il s’agit de déplacer le regard de la construction de l’Europe à celle des études de l’Europe. Cette interrogation épistémologique sur l’autonomie d’un objet ou d’une véritable discipline doit être replacée dans sa double contingence. Ce nouveau savoir est en effet tout d’abord directement lié à la montée en puissance des institutions de l’Union européenne. Mais il se développe en même temps dans le cadre d’espaces académiques nationaux structurés de façon assez diversifiée (en matière de concurrence du droit et de l’économie, de place de la science politique et/ou des relations internationales et d’ouverture de l’histoire). Il s’agit de questionner un modèle d’interprétation trop simpliste qui ferait des études européennes le produit d’une adhésion au projet européen quand par exemple la sociologie (urbaine) s’est construite « contre l’Etat » (Amiot, 1986).

Il ne s’agit pas d’établir un nouveau bilan de la contribution de chacune des disciplines (Kaiser, 2006 ; Milward, 2006 ; Wessel, 2006 ; Rosamond, 2007 ; Belot, Magnette et Saurugger, 2008), d’entrer dans les thèmes et débats de celles-ci comme pour d’historiographie (Kaiser et Varsori, 2010), ni d’analyser comment une vision, un outil et/ou une compétence, en l’occurrence le droit, s’est imposé comme le levier principal par lequel l’Europe a pu s’affirmer comme nouveau centre de pouvoir (Vauchez, 2013). Cette contribution du droit a très tôt été interrogée par les membres et présidents des institutions européennes comme Hallstein, lui-même professeur de droit et dont la Commission était influencée par les premiers théoriciens de l’intégration (White, 2003).

Si on peut se demander dans quelle mesure l’Europe n’est pas le résultat d’une co-production politico-académique (Robert et Vauchez, L’Académie européenne 2010), les recherches restent encore au niveau de quelques contextes nationaux centrées sur chacune des disciplines (pour le droit en France : Bailleux, 2012), sur des grandes figures (Cohen, 1998, 2011) ou un réseau spécifique comme celui des revues spécialisées (Popa, 2008). Il manque un niveau interdisciplinaire et comparé de la façon dont s’est concrètement constitué ce champ.

Dans le prolongement d’un ouvrage sur l’auto-histoire des institutions européennes (Mangenot, Schirmann, 2012) et d’une Section thématique « Acteurs et généalogie des études européennes » (co-organisée avec Fabrice Larat), au 11ème Congrès de l’AFSP (Sciences Po, juillet 2013), ce colloque propose de développer une approche systématique de la genèse et des processus d’institutionnalisation des études européennes en termes géographiques, disciplinaires et méthodologiques au-delà d’une approche quantitative (Keeler, 2005).

Quelle Communauté des communautaristes ?

En préalable à l’analyse des structures transnationales qui seront au centre d’un second colloque en 2015, le colloque des 22-23 mai 2014 se concentrera sur les trajectoires individuelles et les réseaux nationaux. En terme de figures, on peut distinguer les fondateurs : bien connus comme Ernst Haas (science politique, USA), Stanley Hoffmann (science politique, USA), Paul Reuter (droit, France) ou oubliés comme Pierre Duclos (science politique, France), les passeurs : Dusan Sidjanski, Jean Meynaud (science politique, Suisse), Helen Wallace (Royaume-Uni), Fernand Dehousse (droit, Belgique), Walter Lipgens (histoire, Allemagne), Pierre Gerbet (histoire, France) ou enfin les bâtisseurs : Alan Milward (histoire, Royaume-Uni), Uwe Kitzinger (économie, Allemagne et Royaume-Uni), Raymond Poidevin (histoire, France) et Gilbert Trausch (histoire, Lux). Quels sont les déterminants de leurs trajectoires ? Dans quelle mesure celles-ci sont convergentes ou divergentes ? Peut-on parler d’une homologie de leurs positions ? Quel poids des logiques individuelles et de la structuration des espaces académiques ? Quels niveaux d’interconnaissance, logiques de reconnaissance et niveau d’engagement ? Comment ont-ils été reçus ? Quels ont été leurs usages ? Qui sont leurs héritiers ? Il s’agit d’aller au-delà des couples antagonistes sur le plan théorique comme Lipgens/Milward en histoire et Haas/Hoffmann en science politique (Mangenot, 2013).

En termes d’institutionnalisation, quel a été le rôle d’Associations telles que la CEDECE, (Commission pour l’étude des Communautés européennes), au-delà de sa genèse ? Pourquoi est-elle devenue une association des seuls juristes communautaristes ? Comment expliquer l’échec de « l’Association pour le développement de la science politique européenne » dans les années 1960 toujours en France (avec Pierre Gerbet et Daniel Pépy, Conseiller d’Etat). Pourquoi la situation est-elle différente avec l’Arbeitskreis europäische Integration en Allemagne ou UACES au Royaume-Uni ?

Enfin, les Instituts d’études européennes. Si les logiques de création des premiers instituts en français (dont celui de Nancy, le CEU, créé dès 1950) sont connues, comment expliquer leur moins forte institutionnalisation que dans d’autres Etats membres ? Quelles formations étaient délivrées ? S’agissait-il d’un savoir pratique ? Comment se sont-ils constitués en réseau ? Quelle a été leur attitude face aux institutions universitaires transnationales ou européennes (Bruges puis Florence) ?

Procédure et agenda.

Les propositions de communications d’une demi-page avec un titre, accompagnées d’une brève présentation biographique (fonctions et principales publications) doivent être adressées jusqu’au jeudi 9 janvier 2014 à michel.mangenot..a..univ-lorraine.fr

Elles seront examinées par le comité scientifique du colloque dont la composition est ci-dessous. La réponse sera transmise le 15 janvier 2014. Les intervenants seront invités à Nancy (train, une nuit d’hôtel, un dîner et un déjeuner)

Une publication des communications est prévue dans le cadre d’un projet éditorial plus large, co-dirigé avec Fabrice Larat, donnant naissance à un ouvrage collectif de référence début 2016.

Comité scientifique du colloque

- Michel MANGENOT, Professeur de science politique, Université de Lorraine, IRENEE.
- Etienne CRIQUI, Professeur de science politique, Directeur du Centre européen universitaire, Université de Lorraine, IRENEE.
- Fabrice LARAT, Directeur du Centre d’expertise et de recherche administrative, ENA.
- Jean-Denis MOUTON, Professeur de droit public, Université de Lorraine, directeur du pôle Droit international de l’IRENEE.
- Yves PETIT, Professeur de droit public, Université de Lorraine, directeur du pôle Droit européen de l’IRENEE.
- Sylvain SCHIRMANN, Professeur d’histoire contemporaine, Directeur de l’IEP de Strasbourg.

Références citées

AMIOT Michel (1986), Contre l'Etat, les sociologues. Les éléments pour une histoire de la sociologie urbaine en France (1900-1980), Paris, EHESS.
BAILLEUX Julie (2012), Penser l’Europe par le droit. L’invention du droit communautaire en France (1945-1990), thèse de doctorat de science politique, Paris I.
BELOT Céline, MAGNETTE, Paul, SAURUGGER, Sabine (dir.) (2008), Science politique de l’Union européenne, Paris, Economica.

COHEN Antonin (1998), « Le plan Schuman de Paul Reuter. Entre communauté nationale et fédération européenne», Revue française de science politique, vol.48, n°5.
(2011), « L’Europe aux marges. Frontières disciplinaires, frontières champêtres et frontières nationales dans la construction d’un “objet scientifique non identifié”», 11ème Congrès de l’AFSP, Strasbourg, 31 août-2 septembre.

KAISER, Wolfram (2006), “From state to society? The historiography of European integration”, in M. CINI and A. BOURNES (eds), Palgrave advances in European Union Studies, Basingstoke, Palgrave MacMillan, 190-208.

KAISER Wolfram, VARSORI Antonio (eds) (2010), European Union history. Themes and debates, Basingstock, Palgrave MacMillan.

KEELER John TS (2005), “Mapping EU Studies: The Evolution from Boutique to Boom Field 1960–2001, Journal of Common Market Studies, 43 (3).

MANGENOT Michel, SCHIRMANN Sylvain (dir.) (2012), Les institutions européennes font leur histoire, Bruxelles, Peter Lang.

MANGENOT Michel (2013) «Science politique et histoire. Dialogues croisés sur la construction de l’Europe » in Vincent Dujardin & Pierre Tilly (dir.), Hommes et réseaux : Belgique, Europe et Outre-Mers. Liber amicorum Michel Dumoulin, Bruxelles, Peter Lang.

MILWARD Alan (2006), “History, political science and European integration”, in Knud Erik Jørgensen, Mark A. Pollack, Ben Rosamond, Handbook of European Union Politics, Sage.

ROBERT Cécile, VAUCHEZ Antoine (2010), « L’académie européenne. Savoirs, experts et savants dans le gouvernement de l’Europe », Politix, n°89, 9-34.

POPA Ioana (2008), « La structuration internationale des études européennes : un espace scientifique dissymétrique » in Georgakakis Didier, de Lassalle Marine, La nouvelle gouvernance européenne, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg.

ROSAMOND Ben (2007) “The political science of European integration: disciplinary history and EU studies”, in Knud Erik Jørgensen, Mark A. Pollack, Ben Rosamond, Handbook of European Union Politics, Sage.

VAUCHEZ Antoine (2013), L’Union par le droit. L'invention d'un programme institutionnel pour l'Europe, Paris, Presses de Sciences Po.

WESSEL Ramses A (2006), A legal approach to EU studies”, in Knud Erik Jørgensen, Mark A. Pollack, Ben Rosamond, Handbook of European Union Politics, Sage.

WHITE Jonathan (2003) “Theory Guiding Practice: the Neofunctionalists and the Hallstein EEC Commission”, Journal of European Integration History 9 (1).

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